dimanche 21 juin 2015

Macaque crabier d'Indonésie : de la nature à la torture


Topeng monyet : vêtus de costumes grotesques, masques et perruques de plastique acrylique, les singes dansants, épuisés et sévèrement mal-nourris, dansent chaque jour sous le soleil chaud et cela sur commande des passants le long de routes très fréquentées. On appelle ces singes les"Topeng monyet". Le tout dans les fumées toxiques de la circulation. Les détenteurs de singes attendent habituellement à l'ombre à quelques mètres. Ils tirent en permanence sur la chaîne lourde autour du cou de leur "esclave", exigeant des performances non-stop. Quarante pour cent des singes meurent déjà pendant l'entraînement. 

A Jakarta, le combat juridique pour sauver les "Topeng monyet" s'est déroulée pendant cinq ans afin de faire interdire cette pratique du "singe danseur" . Le combat tente de s’élargir à travers l'Indonésie. Voir la vidéo (anglais).


Chaque année, le commerce illégal des animaux sauvages est une entreprise de plusieurs millions d'euros et plus de 3000 macaques crabiers sont estimés à être braconnés dans la forêt de Sumatra. Cette pratique les condamne à une vie de torture et de misère. Les macaques crabiers sont capturés dans la forêt après que la mère soit blessée ou tuée. Le braconnier arrache ensuite le bébé encore accroché au corps de la mère mourante. La plupart des bébés macaques sont utilisés pour la recherche pour les groupes pharmaceutiques internationaux ou les universités et les autres sont vendus à devenir des "Topeng monyet" les tristes célèbres "spectacle de danse"  des singes. 

Les braconniers sont payés 1.80 euros pour chaque singe qu’ils vendent à leur dealer, qui ensuite les revendent aux "amuseurs publics" à Jakarta pour 4.40 euros. Un macaque pleinement qualifié/entraîné peut être vendu jusqu'à 120 euros. 

Classée sur la liste rouge de l'IUCN, (voir sa biologie) les macaques crabiers, très sociaux et intelligents, sont contraints de vivre dans l'isolement de petites caisses en bois sombres qui les conduisent rapidement à de graves problèmes émotionnels. En 2013, au moins 150 macaques ont été détenus de cette manière dans la zone de l'Est de Jakarta, au bidonville de South Cipinang Besar, tristement connu sous le nom de « Kampung Monyet » ou « Singe Village » où la majorité des habitants se disent «maîtres de singes ».

Un jeune bébé est forcé à l’entraînement,  son corps pourra ou non supporter de telles contraintes physiques et mentales qui lui seront infligés.

La pratique du "Topeng Monyet" a pris son essor dans les années 1980, pour divertir les enfants pauvres dans les villages [kampungs.] Au cours des dernières années les singes qui "dansent" commencèrent à s’étendre dans les zones citadines qui ont dégénéré rapidement en une réelle industrie et cela dans de nombreuses régions d'Indonésie.

Formation à mort

L’entraînement des macaques dure environ quatre à six mois, comprenant six ou sept heures de torture tous les jours pour apprendre à marcher debout et à faire de simples numéros. Les macaques survivant au processus de formation seront obligés d'effectuer chaque jour pendant cinq à 10 ans, jusqu’à ce qu’ils deviennent de plus en plus agressifs et incontrôlables. À ce stade, ils seront alors vendus à des restaurants spécialisés en cuisine exotique, où ils seront directement servis en repas "singe-cerveaux".

Ce qui suit est tiré d'une interview en caméra cachée, d’un journaliste infiltré de "Associated Press" et d’un propriétaire de singe connu sous le nom de Cecep. Il est résident du "Singe Village". Voir la vidéo (anglais).


Dans la vidéo on peut voir Cecep qui a mis un anneau de métal autour du cou de Toal, un macaque mâle, qui a un bras cassé d'un incident lié à sa "formation" antérieure. Son cou est alors relié à une corde qui est elle-même est reliée à des poteaux érigés de chaque côté du singe. Cecep a lié également les petits bras de Toal derrière son dos, ce qui provoque des cris du singe tant la douleur de son bras cassé lui fait mal.

Cette méthode de "singe suspendu " oblige le primate à ne compter que sur ses pieds pour obtenir une stabilité sur le sol, "ce qui le force à se redresser telle la posture humaine, "dit Cecep. 
"Nous suspendons habituellement les singes pour une demi-journée avant de les libérer pendant quelques heures pour les nourrir. Après cela nous les entraînons encore pour quelques heures jusqu'à la journée soit terminée et nous les remettons en cages. Mais nous devons les frapper aussi ", dit Nanang, un autre « maître singe ».


"Certains « maître singe » laissent leurs singes toute la journée sans les nourrir et sans leur donner de pauses», dit Cecep. 
La formation de « suspension » commence dès que le singe n’est plus nourri par sa mère, ou quand il est âgé d'au moins un an. Il faut une semaine à un mois pour un singe pour passer le cap de cette formation de base. «Parfois, ils n’y parviennent pas et ils meurent», dit Cecep.

Une fois que les singes ont réussi la formation de « suspension » et qu’ils peuvent marcher debout, les «maîtres » les forment à utiliser divers jouets et accessoires, comme une moto en jouet, lors de leur futur performance. "Nous les formons également à soulever des jouets lourds pour vérifier si ils peuvent vraiment se tenir debout, si ils ne peuvent pas, la période de formation de jouets prend plus de temps», dit Cecep.


Cecep montre comment il a formé un autre de ses singes, Odon, à monter une petite moto en bois et saluer un drapeau. Cecep donne les ordres en tirant sur la chaîne attachée à l'anneau qui est autour du cou du singe. 

Il est «normal» de tirer dur, dit-il, et il ya une certaine façon de le faire sans casser le cou de l'animal.
"Les singes sont affamés et sont seulement nourris quand ils obéissent et font en sorte d’apprendre vite. S’ils ne sont pas assez forts physiquement, ils meurent au cours de la formation de base, mais certains meurent plus tard dans la phase de formation de jouet, puis leurs corps sont parfois simplement jeté dans la rivière ou un dépotoir ». dit Cecep .

Les propriétaires des singes possèdent de plus grandes cages qui peuvent contenir jusqu'à 15 singes entassés. Ils se mettent à louer les primates à des dresseurs pour 15000 Rupiah – soit 1,80 euros par singe et par jour, avec les accessoires de base composés d'un masque et d'un costume. Les propriétaires des singes facturent un supplément de 20.000 Rp pour la location des accessoires supplémentaires, (un vélo ou un instrument de musique).

Un singe macaque terrifié hurle de terreur à chaque fois qu’il est giflé.

Que le spectacle commence.

Déambulant dans un trafic intense, un petit singe chétif attaché à une lourde chaîne et portant un costume grotesque, un masque et une perruque, est forcé de se faufiler entre les voitures et de ramasser les pièces jetées par les fenêtres par les conducteurs qui passent. Debout sur leurs pattes arrières toute la journée, surchauffés en plein soleil alors qu'ils portent des vêtements lourds, les singes danseurs ont leur cous enchaînés constamment tirés par leur dresseur, qui lui reste à l'ombre à quelques mètres de là, à l'abri de la chaleur du soleil. Les petits singes mal-nourris travaillent jusqu'à l'épuisement tous les jours et parfois jusqu'à la mort.

Une femelle macaque fatiguée et maigre allaitant son bébé, et forcée de continuer à travailler toute la journée et tous les jours.

Si le singe ne répond pas immédiatement au tiraillement soudain de sa chaîne, il sera sévèrement puni, et ce qui entraînera de plus grandes douleurs. Même les femelles singes qui allaitent leurs bébés doivent "travailler" dans le but de gagner plus d'argent car les gens voient le bébé téter sa mère ce qui rajoute à la "drôlerie", alors qu'il s'agit d'une exploitation répugnante.
Debout sur les bords de routes toute la journée les singes sont obligés d'avaler les fumées des voitures et des camions, qui sont particulièrement puissantes en raison de la taille des singes et de la hauteur des pots d'échappement des véhicules.

Contraint de faire des numéros stupides qui nécessitent de l'énergie et de l'endurance, alors que le singe est affamé et épuisé.

Après le transport et la location de singes, les dresseurs comme Cecep et Nanang peuvent espérer ramener chez eux jusqu'à 70 000 Rp -soit 4,40 euros, après plusieurs heures de spectacle dans la journée du côté de quelques-unes des routes les plus fréquentées de Jakarta. Cecep ajoute qu'il peut gagner un peu plus durant les weekends. 
Aussi dur que le fait que les singes soient obligés de travailler plusieurs heures tous les jours, leur régime alimentaire pitoyable se compose uniquement de riz blanc ordinaire. Lors des représentations leurs maîtres leur donnent parfois des morceaux de fruits. 

A chaque fois qu'un touriste s'arrête pour regarder, le dresseur ordonne au singe de marcher sur les mains, de s'asseoir sur un cheval à bascules ou sur un vélo dans l'espoir que le touriste laisse quelques pièces. C'est pourquoi il est très important que les touristes arrêtent de donner de l'argent aux singes ou à leurs propriétaires afin de ne pas encourager ces pratiques. Voir plus de photos. 

Jakarta interdit les singes danseurs, et ailleurs ? 

Après une bataille de 5 ans pour stopper les singes danseurs de Jakarta, l'interdiction a pris effet fin 2013 - mais seulement à Jakarta! Dés que les 11 premiers singes sur les 350 ont été confisqués aux propriétaires à Jakarta, d'autres dresseurs sont allés se cacher ou se sont relocalisés dans des régions comme l'ouest de Java, où ils sont toujours en activité aujourd'hui. 

Le Jakarta Animal Aid Network (Réseau d'Aide aux Animaux de Jakarta) fait campagne depuis 2009 pour mettre fin au commerce de singes danseurs en raison de sa cruauté. Une porte-parole de JAAN, Femke Den Haas dit que les singes qui ont leurs dents coupées, sont affamés et sont obligés de rester suspendus la tête en bas pendant des heures pour les rendre plus dociles.


Selon la BBC, le président Joko Widodo a pris la décision de mettre fin aux spectacles de rue parce qu'il voulait protéger les humains des maladies qu'ils peuvent porter. Ces maladies incluent la rage, la tuberculose, l'hépatite et la maladie bactérienne, la leptospirose. 

Le plan initial en 2011 était pour la municipalité de racheter tous les singes utilisés comme "amusement public" pour environ 75 euros et de les abriter dans une réserve de 1 hectare au zoo Ragunan de Jakarta, et les dresseurs et gardiens auraient bénéficié de formations professionnelles pour les aider à trouver de nouveaux emplois. 

Un total de 81 singes danseurs ont été saisis en 2011 dans l'idée qu'ils soient replacés dans le zoo Ragunan, ou simplement relâchés dans la nature. Cependant, après avoir souffert pendant des années d'abus physiques et psychologiques, le zoo a refusé tous les singes, prétextant que ceux-ci souffraient de maladies et représentaient une menace pour la population d'animaux de l'établissement. De plus, les singes n'étaient pas capables de se débrouiller par eux-mêmes dans la nature.

Ce sont 14 macaques qui ont été euthanasiés suite à des contrôles positifs à la tuberculose et 67 autres ont été soignés et ont appris lentement à se sociabiliser avec les autres macaques; une étape importante après avoir passé une partie de leur vie aux côtés des humains.

En 2012, un groupe de 40 singes danseurs ont été confisqués par les autorités, et se sont révélés porteurs de diverses maladies y compris la tuberculose, l'hépatite, et la maladie bactérienne leptospirose.
En 2013, on estime que 350 singes danseurs ont été forcés à travailler dans les rues de Jakarta. Ces singes fortement traumatisés n'étaient plus en mesure de vivre avec d'autres primates dans les zoos et n'avaient aucun moyen de se défendre à l'état sauvage. Les autorités de Jakarta avaient initialement prévu que les confiscations des singes débuteraient en 2014 mais ont été forcées d'agir plus tôt en raison des conditions épouvantables dans lesquelles les singes vivaient.



Selon Haas "Tous les singes confisqués sont traumatisés et nécessitent au moins trois mois de quarantaine avant que nous puissions envisager de les libérer dans la nature, et quand bien même, cela doit être fait dans une zone où il n'y a pas de singes sauvages."

"Nous pensons que les singes sont mieux sur une île isolée comme l'île inhabitée de Pulau Seribu, la capital du district de Thousand Islands, où l'idée d'un centre spécial  "Topeng monyet" pourrait être mis en place "d'après Haas.

Ces pratiques se produisent toujours dans les villes de Bandung et de Bekasi à l'Ouest de Java, même si le gouvernement local de Bandung envisage de bannir également les spectacles de singes.

Comment se portent les macaques crabiers sauvés ?

Les macaques à crabiers, anciennement "singes danseurs", sont soignés par l'équipe JAAN dans le bâtiment gouvernemental de quarantaine dans le sud de Jakarta, où une équipe est sur place à temps plein, dont un vétérinaire qui est présent 24 heures/24.
Les singes, placés en quarantaine ont eu des «soins d'urgence» du fait qu'ils ont tous extrêmement soufferts non seulement de stress et de traumatismes, mais aussi de malnutrition et de diverses maladies, y compris des infections parasitaires. Ils étaient maigres et effrayés, recherchant du confort entre eux.
Après trois mois de quarantaine, les singes ont été installés sur une parcelle derrière le bâtiment de quarantaine où JAAN a construit des enclos. Un groupe à la fois est formé, avec le dernier introduit avec succès en juillet 2014, soit un total de quatre groupes.


Jeune macaque crabier observé dans la nature


Speak up for the voiceless Traduction : OlgaO, Myriam Chergui, Laurence Duthu

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire